Au Niger, la junte suspend la BBC pour trois mois

Au Niger, la junte suspend la BBC pour trois mois

La radio britannique est accusée de diffuser des « informations erronées tendant à déstabiliser la quiétude sociale et à saper le moral des troupes ». Le régime a également porté plainte contre RFI pour « incitation aux génocides et aux massacres intercommunautaires ». La station française est déjà suspendue depuis août 2023.

Les médias occidentaux continuent d’être la cible de la junte au pouvoir au Niger. Après RFI et France 24, les militaires ont annoncé jeudi 12 décembre la suspension de la BBC. Une mesure à « effet immédiat » pour trois mois sur l’ensemble du territoire, précise un communiqué du ministre de la communication, Sidi Mohamed Raliou.

La radio britannique est accusée d’avoir diffusé des « informations erronées tendant à déstabiliser la quiétude sociale et à saper le moral des troupes » qui luttent contre les djihadistes, affirme le communiqué.

Diffusés au Niger via des radios locales partenaires, les programmes de la BBC, en langue haoussa notamment, sont particulièrement écoutés dans le pays.

Jeudi soir, le régime a par ailleurs annoncé « porter plainte » contre Radio France Internationale (RFI), pour « incitation aux génocides et aux massacres intercommunautaires » au Niger, sans préciser le lieu de la plainte. Aucun reportage n’est nommément mentionné dans ces décisions prises à l’encontre de la BBC et de RFI.

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RFI et France 24 sont suspendus au Niger depuis août 2023, quelques jours seulement après le coup d’Etat qui a permis à la junte du général Abdourahamane Tiani de prendre le pouvoir dans ce pays sahélien.

Mercredi, ces deux médias avaient annoncé qu’une attaque djihadiste particulièrement meurtrière avait frappé la veille, la localité de Chatoumane, dans la zone de Téra (ouest) près du Burkina Faso. Les bilans évoqués étaient très lourds – 90 soldats et au moins 40 civils tués – ce que l’Agence France-Presse n’a pu vérifier localement de source indépendante.

L’agence française a donné un premier bilan de 21 morts, lundi. Toutefois, une source sécuritaire occidentale lui a depuis confirmé un bilan de « 90 à 100 morts ». Mais la junte nigérienne a démenti mercredi soir l’existence de cette attaque, évoquant des « affirmations infondées » et une « campagne d’intoxication ».

Les voix critiques réduites au silence

Le Niger a formé avec ses deux voisins, le Burkina Faso et le Mali, également dirigés par des juntes, une confédération : l’Alliance des Etats du Sahel (AES). Ils ont tourné le dos à Paris en expulsant notamment tour à tour les militaires français engagés dans la lutte antidjihadiste et tiennent régulièrement des discours hostiles envers la politique de la France dans la région.

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Au Burkina Faso et au Mali, de nombreux médias français ont été suspendus, accusés d’être des instruments de propagande de Paris, et plusieurs correspondants ont été expulsés. Les voix jugées critiques du pouvoir sont réduites au silence.

Le Niger, le Burkina Faso et le Mali font face depuis des années à des attaques de groupes djihadistes liés à Al-Qaida ou l’Etat islamique. L’armée nigérienne communique occasionnellement des bilans officiels sur certains attentats. Elle a par exemple annoncé mercredi la mort de dix soldats dans une attaque, la veille, dans l’ouest du pays.

Selon l’organisation Acled, qui répertorie les victimes des conflits dans le monde, au moins 1 500 civils et militaires sont morts dans des attaques de groupes armés depuis un an au Niger, contre 650 entre juillet 2022 et 2023.

La Rédaction